Pedro, gérant de Librairie

J’en ai marre !!
Aujourd’hui je tiens à exprimer mon ras-le-bol concernant les mesures annoncées par le gouvernement de Nicolas Sarkozy.
Depuis 9 ans, je suis gérant d’une librairie. Depuis 9 ans, je fais mon métier avec passion et conviction, heureux de faire un métier que j’adore et surtout de faire partager cette passion à des milliers de lecteurs. Mon activité se porte bien, et les résultats sont plutôt satisfaisants pour une structure de cette dimension.
Un autre motif de fierté de mon activité a été le fait de créer deux emplois, et ce depuis le début. Parce que telle est ma conviction : la création d’une entreprise s’accompagne nécessairement de création d’emplois. Car une entreprise qui progresse le doit pour beaucoup aux personnes qui la composent. J’ai la chance d’avoir pu mener mon activité avec des collaboratrices impliquées et motivées, qui font la richesse et la diversité de la librairie. Depuis pratiquement le début de l’activité j’ai toujours fait en sorte d’avoir 2 collaborateurs ou collaboratrices. Je parvenais, sur les résultats d’activités, à dégager suffisamment de moyens pour maintenir ces deux postes.
Malheureusement les récentes mesures du gouvernement Sarkozy – l’augmentation de la TVA du livre de 5.5% à 7% pour rappel – vont augmenter sensiblement le taux de taxation auquel la librairie est soumise, et par conséquent grever son résultat financier.
En conséquence de quoi, alors que jusqu’à présent l’entreprise devait « grignoter » 1/3 d’une année pour financer ce troisième poste, depuis le 1er janvier l’entreprise aurait dû « gratter » une demie année pour le financer.
Je n’ai eu d’autre choix pour éviter un bilan hasardeux en fin d’année fiscale que de me séparer de l’une de mes collaboratrices.
Je ne le fais pas par gaieté de cœur, car je sais combien cette collaboratrice contribuait à la richesse et à la diversité de la librairie, mais aussi à la qualité du travail et de l’accueil de nos clients. Devoir travailler avec une personne en moins signifie pour moi une perte dans le service et les conseils que nous étions en mesure de proposer à nos clients. Devoir travailler avec une personne en moins signifie être moins affûtés dans nos conseils, car nous aurons du mal à couvrir toute la diversité éditoriale qui caractérise notre métier. Travailler avec une personne en moins signifie travailler avec plus d’intensité et plus de tensions, mais avec moins de précisions dans le choix de l’offre, moins de finesse dans notre capacité de propositions. Travailler avec une personne en moins signifiera des journées plus tendues où les aléas de la vie seront moins permis.

Une entreprise permet à ses employés de vivre mais surtout l’entreprise vit grâce aux personnes qui y travaillent, et si celles-ci ne peuvent pas faire correctement leur travail, l’entreprise en souffrira fatalement.
Et puis ce poste qu’il m’est difficile de conserver à l’année aura ainsi un impact sur les ventes: une personne en moins cela veut dire moins de temps à consacrer aux nouveautés et au suivi du fond, travailler encore plus dans l’urgence, être moins disponible pour le public: une perte de qualité du service proposée et donc moins de ventes au final.
Une anecdote vaut parfois beaucoup: cette collaboratrice passionnée de littératures de l’imaginaire renseignait une cliente venue chercher une référence que nous avions en magasin. Au final la cliente satisfaite des conseils repartira avec quatre livres grand format. J’aurais pu lui vendre le livre que nous avions, mais n’ayant pas autant de connaissances que ma collaboratrice dans le domaine de la fantasy, j’aurais été incapable de lui proposer d’autres lectures.
Jusqu’à présent, j’ai toujours fait en sorte de récupérer sur les différents frais de fonctionnement le petit supplément qui me permettait de garder un poste à 25h en plus de moi-même et d’une employée à 35h. J’y arrivais en appliquant un stricte gestion des achats, en rognant sur les frais de transport (qui sont importants tant dans les flux allers comme retours), en ciblant mes actions de communications, voir même en me serrant un peu la ceinture moi-même.
Au final, ce petit 1.5% de taxation supplémentaire vient comprimer les marges de manoeuvre concernant ce troisième poste que je m’efforçais de garder.
Du coup au lieu de la garder à l’année, je ne pourrais la conserver que 5 ou 6 mois par an.
Cela s’appelle de la précarité…
Alors que les médias font des gorges chaudes des 500 postes supprimés par la FNAC (pour d’autres raisons semble-t-il, quoique…), combien parlent des emplois rendus aléatoires chez tous les libraires indépendants?

Sans parler du futur projet de TVA sociale, prôné par ce gouvernement et soutenu par le MEDEF. Cette future TVA sociale, en renchérissant de 4 ou 5 points de TVA tous les biens de consommation, ne fera que réduire encore le pouvoir d’achat. Et au final pour un bénéfice insignifiant pour une entreprise comme la mienne (et pour beaucoup de TPE et PME, je les invite à faire les calculs nécessaires) car la baisse des charges patronales s’élèverait en tout et pour tout à …. à peine une centaine d’euros par trimestre.
Il s’agit là clairement d’une mesure qui va permettre aux grands groupes du CAC 40 de faire de substantielles économies d’échelles mais qui n’aura que peu d’impact sur les petites entreprises, et qui au contraires pourraient encore plus les déstabiliser.
Alors oser annoncer que ces mesures seront favorables à l’emploi est tout simplement scandaleux car ce sera le contraire, ces mesures vont encore plus fragiliser ces entreprises et activités de proximité que vous trouvez près de chez vous et chez qui vous aimez souvent vous rendre car le contact humain et le service constituent pour elles leur force et leur différence.

Pedro, gérant de Librairie.

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1 commentaire à “Pedro, gérant de Librairie”
  1. Jean-Jacques M’µ 29 janvier 2012 à 22 h 34 min #

    Votre colère est juste, nos colères se rejoignent. Et nous pouvons dépasser l’isolement qui nous rend impuissants en répercutant les paroles des Indignés à travers les livres.
    Je me prépare à éditer leurs textes fondamentaux, avec quelques témoignages significatifs et leurs reventications… Lancement le 8 avril, pour faire de cet événement un qui comptera lors de la dernière ligne droite avant les élections.
    Des libraires aussi indignés que vous seraient-ils d’accord pour participer à cette action qui se voudrait d’ampleur nationale ?…

    Jean-Jacques M’µ

    Éditer les Indignés !
    RÉELLE DÉMOCRATIE MAINTENANT !
    Les textes fondamentaux des assemblées d’Indignés publiés en avril 2012 chez ABC’éditions. Chaque page dans sa langue originale traduite en français et espéranto.
    Les Indignés ont un projet de société participative : ils le disent, ils l’écrivent, ils le vivent. Ils mettent en pratique un mode d’organisation collective distinguant débats de fond et commissions de travail. En dépit des persécutions financières et policières, leur parole sera répercutée avant le premier tour des présidentielles.

    L’éditeur, ABC’éditions (Ah, Bienvenus Clandestins !), dépasse le clivage des langues en utilisant l’expression directe de l’espéranto, ressource qui évite l’intermédiaire d’un langage anglais dont la maîtrise perpétue les inégalités.

    Plan de l’ouvrage :
    – Manifeste de Réelle Démocratie maintenant !
    – Principes démocratiques des Indignés
    – Propositions des Indignés :
    – les débats de fond
    – les commissions de travail
    – Thèmes et sujets débattus
    – Manifeste de Prague : les 7 objectifs de l’espéranto

    Les bénéfices seront intégralement versés aux Indignés pour leur cause. Les souscriptions et les commandes sont à prendre auprès de ABC’éditions (chèques à l’ordre d’ABC’éditions – 10 euros l’exemplaire) : 25, allée Marcel-Paul, – ou 35, rue Raymond-Lefèvre – 93700 Drancy.

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